Se relever, toujours.

 

Il y a un an, j'écrivais un article sur mes illusions perdues. Je faisais un bilan amer d'une industrie de l'édition toujours plus concurrentielle, capitaliste et irrespectueuse de l'humain ; pléonasme quand tu nous tiens. 

 

Un an plus tard, l'avis demeure inchangé. Les autrices et auteurs souffrent, qu'ils entrent dans le métier où y naviguent depuis des décennies. David Camus, un confrère multi-publié, ancien éditeur et agent littéraire, partageait récemment  sa colère après certains de ses éditeurs, qui, pour des raisons parfois explicables, ne respectent plus rien. Et encore moins (comme si c'était possible !) celles et ceux sans qui cette industrie du livre n'aurait plus qu'à fermer ses  bureaux, rentrer ses camions en or  (environ 20% du prix d'un livre HT  revient à la distribution) et partir à la conquête d'un autre domaine.

 

Ce qui a changé, un an plus tard, c'est mon engagement à La Ligue des auteurs professionnels. Adhérente depuis sa création en 2018, je me suis présentée à l'élection du Conseil syndical en mai 2024. Je ne supportais plus de m'agacer derrière mon écran, de me sentir inutile,  d'être seule. Je voulais m'engager pour une cause. Défendre mes consœurs et confrères fut ma première envie mais pas n'importe où. Dans ce syndicat dont le ton et l'énergie m'ont séduite dès le départ. 

 

Contre toute attente, j'ai été élue en juin de la même année, il y a donc un an et demi maintenant.

 

Dès le premier séminaire de juillet 2024, j'y ai rencontré des auteurices animé·es par la même conviction : la défense et l’accompagnement de ces travailleuses et travailleurs oublié·es de la culture que sont les auteur·ices du livre. Outre une équipe bienveillante de bénévoles et de salariées, les sujets engagés,  les apports de chacun dans les différentes commissions, la démocratie qui règne au  Conseil, loin de la pyramide patriarcale habituelle si chère au capitalisme, j'ai repris espoir.

 

Pourtant, les attaques extérieures n'ont pas manqué. De l'IA au déni de démocratie dans la gestion de la Sécurité sociale des artistes auteurs en passant par le combat pour la continuité de revenus, contre les violences sexistes et sexuelles à Angoulême notamment et plus largement l'extrême-droitisation actuelle de la culture, les pouvoirs publics comme les industriels et certains OGC semblent s'être ligués contre celles et ceux sans qui les livres, les films, les galeries, les scenarii , les musiques ne seraient que pages blanches, œuvres invisibles, ne seraient que silence. Ces auteur·ices et artistes sans qui les citoyen·nes ne seraient plus que des machines à produire pour les plus riches, fermés au monde sensible, éloignés de leur humanité et, soyons fou en cette époque individualiste et individualisante, de celle des autres. 

 

Dans cette "politique de l'épuisement" qu'il m'a été donné de vivre et d'observer, j'ai renforcé mon engagement. J'ai appris, beaucoup. J'apprends, encore. Et si ma colère demeure, grâce au collectif, grâce à la force et à la cohésion d'équipe de cette Ligue des auteurs professionnels, grâce à nos rires, à nos larmes parfois, à nos batailles toujours pour le respect de notre travail d'autrices et d'auteurs, je me suis apaisée. 

 

Le feu de l'engagement brûle plus que jamais en moi. Notre détermination est grande. Les obstacles extérieurs jonchent le chemin de notre syndicat. Nos revendications ne sont pas toujours entendues mais elles sont là, posées sur la table. Elles se conjuguent même en intersyndicale. Nous sommes ensemble et nous sommes nombreux·ses à les partager. 

 

C'est pour toutes ces raisons que j'ai décidé de passer un cap. Le 20 février dernier, j'ai levé la main pour occuper la nouvelle fonction de vice-présidente de la Ligue des auteurs professionnels. Non pour le titre qui attire les regards, mais parce que nous ne serons pas trop de deux avec Thomas Fouchault, président de la Ligue pour représenter nos adhérent·es auprès des acteurs culturels et des pouvoirs publics. 

 

Je rentre ainsi un peu plus dans la bataille.

Je ne suis plus seule.

Et j'en suis très heureuse. 

J'ai toujours apprécié d'être le petit caillou dans la chaussure.

 

E.T

 

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